S'organiser en suivant ses saisons naturelles

En permaculture, on ne lutte pas contre la nature. On l’observe, on comprend ses cycles, et on travaille avec elle pour maximiser l’efficacité et la durabilité.

On reconnaît que chaque saison a son rôle, son rythme, ses contraintes et ses opportunités. Si on plante trop tôt, les graines ne germeront pas. Si on récolte trop tard, les fruits pourriront sur place.

On ne se demande pas comment faire pousser des tomates toute l’année, mais plutôt comment :

  • préparer le sol
  • profiter de chaque cycle
  • optimiser l’énergie disponible

Tout est question de timing.

On ne peut pas forcer la croissance d’une plante, ni lui imposer un cycle artificiel sans risquer d’épuiser ses ressources. Au contraire, en comprenant le fonctionnement du sol, du climat et des saisons, on peut maximiser naturellement son rendement tout en respectant l’équilibre du système.

Ça n’a jamais fait sens de bosser 8h par jour sans distinction de notre état intérieur. On cherche à avoir un rythme parfaitement constant et équilibré. Mais par définition, ça signifie qu'à certains moments, on travaillera trop, et à d'autres pas assez.

Dans certains cas, on va être immergé dans une tâche ou un projet et on gagnerait à pousser plus loin pour profiter de cette "obsession" temporaire. Dans d'autres, on pousse quand il faut au contraire ralentir.

Et on peut regarder les nombreuses études et conclusions qui s’accumulent sur le sujet. Toutes ces conclusions tendent vers une capacité à travailler 4h à 5h efficientes max.

C'est une simple loi des rendements décroissants.

Autour de 3h de travail, on atteint le point de rendement maximal (= tout ce qu'on met en apport, ici notre temps, apporte un rendement intéressant).

Si on pousse jusqu'à 6h, on subira les rendements décroissants (= tout nouvel apport sera moins productif que le précédent).

Au-delà, il peut devenir négatif (= tout nouvel apport dégrade la production, avec des erreurs par exemple).

Du coup, "comment faire en sorte de travailler plus" n'a jamais été la bonne question.

Ce sur quoi on travaille et comment on rend ces heures efficientes, c'est déjà plus intéressant.

Le mindset d'un jardinier

Un jardinier travaille en cycle. Il utilise la nature et comprend qu'il ne peut pas aller contre elle. Il ne se demande pas comment faire pousser le plus possible tous les jours de l'année, mais plutôt comment adapter ce qu'il fait et son organisation à la saison.

Au printemps, il va préparer le terrain, bêcher, semer, planter.

En été, il va arroser, désherber, optimiser l'énergie et anticiper la récolte.

En automne, il va récolter, stocker, nettoyer, transformer.

En hiver, il accepte le ralentissement naturel et va protéger et planifier.

Le truc, c'est qu'on fonctionne, nous aussi, comme ça. On a tous des saisons, un courant naturel qui nous rend plus productifs, plus créatifs, ou qui nous signale qu'on a besoin de repos.

"The mind needs periods of emptiness to make space for new ideas."
Austin Kleon, Keep Going

Au lieu de vouloir forcer les choses, on gagnerait beaucoup à identifier et suivre ce flow.

On a des saisons de focus (où on peut aller à fond dans une direction pour avancer rapidement sur un sujet qui nous passionne).

On a des saisons de maintenance (où on doit stabiliser et optimiser les choses pour repartir sur une base saine).

On a des saisons de créativité (où on a envie d'explorer, de tester et d'apprendre).

On a des saisons de repos (où on a besoin de réellement déconnecter).

Chaque saison a ses besoins et son objectif.

Quand on veut développer un projet ou quand on veut avoir de nouvelles idées, l'intention est très différente. L'organisation n'est pas la même, les outils non plus.

Il n'y a pas grand-chose d'homogène. On suit simplement un cycle infini en récoltant ce que l'on sème.

Rien n'est linéaire

On fait de grands plans. On a une stratégie sur 10 ans bien carrée, rodée, "parfaite". On construit ça comme si tout allait se passer comme prévu.

Qu'on ne changera pas d'avis ou de direction en cours de route.

Qu'on aura une discipline et une motivation sans faille.

Qu'on n'aura aucun imprévu.

Quand on regarde ce qui se passe réellement, on est très loin de cette théorie. La réalité nous rattrape avec son lot d'urgences, de baisses de motivation, de moral, de changements de plans ou de vision,…

À ce moment, on se retrouve dans deux situations :

  • Soit la stratégie initiale devient obsolète très rapidement
  • Soit nos fameuses priorités sont vite placées au second plan et remises à plus tard

Dans les deux cas, on est frustré :

  • Soit par le fait d'avoir perdu son temps à créer un monde imaginaire parfait (où tout allait se passer comme prévu au lieu de commencer à avancer)
  • Soit par notre incapacité à faire ce qu'on avait prévu de faire

Et dans ces deux cas, ça vient d'une notion de rigidité.

Du fait de se forcer à rentrer dans une case tant bien que mal, même si elle ne nous correspond pas réellement. C'est adopter une organisation bien trop rigide et non adaptée au fonctionnement de chacun. Et qui ne prend pas en compte la réalité non plus.

Très beau en théorie, mais jamais applicable.

Poser son intention pour suivre le mouvement

Au lieu de choisir une case (= stratégie ou méthode) arbitrairement, je pars du sens inverse :

→ Définir comment je fonctionne, pour créer et adapter mon organisation par rapport à ça.

C'est comme essayer d'identifier le courant naturel et de faire en sorte de le suivre au mieux (plutôt que de le contraindre à changer de direction).

Au mieux on le suit, au plus on est efficient (et heureux).

Efficient par le fait d'investir son attention sur ce qui est le plus pertinent sur le moment (travailler au bon moment, par exemple).

Heureux par le fait d'être constamment aligné (réduction des frictions au maximum).

Demander à dix personnes de travailler, se reposer ou être créatives au même moment, c'est assassin. Chacun a son chronotype, son fonctionnement et son "flow" naturel. Les forcer à s'harmoniser sous une seule organisation n'aura rien d'efficient.

Pour ça, à chacun de créer sa propre organisation avec ces principes clés.

C'est mon organisation par saison, qui démarre par une intention claire :

  • Est-ce que c'est une période de concentration ? De créativité ?
  • Quel est l'objectif ?
  • Quels sont les outils pour s'organiser (qu'on va piocher dans une boîte à outils pour servir notre intention) ?
  • Quelles sont les routines qu'on va mettre en place pendant cette saison ?

C'est aussi le meilleur moyen, selon moi, de trouver un équilibre.

On peut facilement enchaîner :

  • des saisons d'obsession sur un sujet
  • des saisons équilibrées pour stabiliser les choses
  • des saisons déstructurées pour tester des activités
  • des saisons de déconnexion totale

Il y a rarement un équilibre quotidien stable, mais toujours un équilibre sur le long terme.

C'est aussi ce qui me permet de satisfaire ma curiosité. C'est un cadre flexible dont je me sers pour alimenter mes projets, au lieu de la voir comme un frein qui me distrait.

C'est ok de diluer son énergie dans certains cas.

C'est ok de ne rien faire.

Tout dépend de l'intention.

Pour résumer : Organisation flexible = Suivre le flow = productivité × créativité × équilibre long terme.

J'espère t'avoir donné des pistes de réflexion.

Bon week-end,

LA

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