Productivité, efficacité et efficience (ma définition de la productivité)

Celle-ci va être un peu théorique, mais commençons par une histoire.

Imagine-toi dans un jeu. 

Tu es le personnage principal, et tu as une mission importante à accomplir.

Tu fais quelques pas vers ton objectif, quand soudain, tu es interrompu par un camp de bandits. 

Une quête secondaire. 

La tentation est trop grande. Tu t’engages dans cette nouvelle tâche, persuadé que ça te rapprochera de la victoire.

Après beaucoup d’efforts, tu termines cette quête secondaire. 

Tu sors de là, et tu en vois une autre.

Et c’est reparti.

Après 3h de jeu, tu réalises quelque chose de surprenant :

Malgré tous tes efforts, tu n’as pas avancé d’un mètre vers ta mission.

Tu étais tellement occupé à remplir des quêtes secondaires que tu l’avais même oublié.

Tu n'as pas avancé. Mais pourtant tu as fait plein de choses, et tu sors de la session lessivée.

C’est exactement ce que j’ai vécu en cherchant à être plus productif.

Je m’épuisais à accomplir des tâches sans fin, sans jamais réellement avancer vers ce qui comptait vraiment.

A noter que les jeux sont en général très bien conçus.

La vie, elle, est beaucoup plus chaotique. Sans intention, on ne peut que réagir à tout ce qui arrive sur nous.

Chercher à être constamment en mouvement, c'est se fatiguer sans impact. Ca revient à la logique “je dormirai quand je serai mort.” Avec cette mentalité, il y a des chances que ça arrive plus vite que prévu...

Une autre façon de voir les choses, c’est de jouer le jeu du long terme.

  • Une vision de la vie entière
  • Ne pas faire aujourd'hui quelque chose que je ne peux pas totalement récupérer d'ici demain
  • Progresser chaque jour, sans effort particulier

Allons en profondeur.

  • Qu'est ce qu'on entend par productivité ?
  • Quelle définition il faut prendre ?
  • Qu'est ce qu'on cherche réellement ?

Le sens des termes est important.

Si on chercher à optimiser un système, il faut commencer par s'assurer que c'est le bon.

On va aussi faire en sorte de d'analyser 2 remarques que j’entends souvent :

  • En faisant beaucoup de choses, je me sens productif
  • La réussite vient du travail acharné

Et si ça n’était pas forcément dur ?

Hustle, hustle, hustle

Mon ancienne définition de la productivité était directement corrélée au temps.

Je n’avais jamais intégré la notion d’efficience. 

Je n’avais jamais pris en compte 2 éléments clés : 

  • L’investissement en entrée (matérielle, financière, temporelle,...)
  • La qualité en sortie

C’était une définition qui rejoint la “hustle culture”.

Une culture d’hyperproductivité.

Je la vois maintenant comme un encouragement à bouger dans tous les sens sans regarder devant soi.

Une approche qui mesure l’efficacité par l’espace mental que prend le travail dans la tête des gens.

  • Sur 24h, combien de temps passes-tu à penser au travail ?
  • Quel est l’impact sur ton bien-être ?
  • Est ce que tu fournis un travail de qualité ?
  • Est ce que tu fais preuve de créativité ?

« Vous n’êtes pas payé pour l’heure, vous êtes payé pour la valeur que vous apportez à l’heure. »

Jim Rohn

On oublie tout ça, et on place simplement une carotte devant toi pour te mettre en ordre de marche. 

Il pourrait y avoir un trou devant que tu ne le verrais pas.

Tu es absorbé par la carotte.

Par la suite, on cherche “comment être plus productif” ? 

Parce que :

  • “en étant 5% plus productif, je pourrais réussir"
  • "en étant 5% plus productif, je pourrais avoir ma promotion"
  • "en étant 5% plus productif, je pourrais être libre”

Du coup, on cherche des hacks pour gratter quelques pourcentages de productivité.

Des automatisations pour gagner quelques secondes.

Des astuces simples.

Mais on ne cherche pas au bon endroit.

Avec du recul, on se rend compte qu’on ne fait simplement qu'alimenter un cercle vicieux qui nous dessert.

A moins que ces optimisations ne viennent compléter une base solide.

Parce que je n’ai rien contre le fait de chercher à optimiser un système, à chercher et tester des petites choses pour nous améliorer la vie.

Mais elles sont là pour minimiser l’effort en entrée. Ce qui veut dire qu’elles n’ont pas d’impact sur la qualité du travail réalisé.

Si je dois écrire un livre, le fait d’écrire rapidement n’aura que peu d’impact sur le résultat.

La base, c’est :

  • Ma créativité
  • Ma capacité de concentration
  • La qualité de mes idées

Écrire rapidement est un bonus qui me permet de gagner un peu de temps. Mais en aucun cas ma rapidité d'écriture sera un gage de qualité de résultat.

Ces petites optimisations sont intéressantes pour compléter un socle solide. Elle peuvent être une part intégrante de notre recherche de productivité.

Mais elles ne sont pas la 1ère étape.

Définir la productivité par ces optimisations est suicidaire. 

Cette définition nous emmènerait sur un chemin ni efficace, ni sain.

La productivité n’est pas : 

  • Une prison
  • Une maladie contre-productive
  • Un moyen de venir à bout de sa to do list
  • Une manière de créer un dialogue interne négatif
  • Facilement mesurable par une quantité de quelque chose

Du coup, comment peut-on la définir ?

Efficacité vs productivité vs efficience

On utilise souvent ces termes de manière aléatoire :

  • Efficace
  • Productif
  • Efficient

A noter que la plupart des gens ne sont aucun des 3 : ils sont occupés.

Ou plutôt, ils font en sorte de s’occuper, pour combler un vide dans l’utilisation de leur temps.

« Concentrez-vous sur le fait d’être productif au lieu d’être occupé »
Tim Ferriss

Si on veut faire simple, voici comment on peut résumer ces notions : 

  • Productivité : Volume de production avec une ressource donnée
  • Efficacité : Capacité à atteindre l’objectif souhaité
  • Efficience : Rendement, capacité d’atteindre les objectifs avec le moins de ressources possibles

Avec ça, la notion de productivité n’est pas si intéressante finalement.

On cherche une grosse production, mais sans aucune notion de qualité.

Sans savoir si on travaille sur les bonnes choses.

Ça ne prend pas non plus en compte l'intérêt de ce qu’on produit.

Si il y a un besoin de 100 et qu’on produit 150, on est productif à cette échelle. Mais au niveau du système entier, on a dépensé des ressources pour générer un résultat inutile.

Tout l'idée est de regarder le système dans son ensemble. Chaque tâche peut être plus productive mais dégrader le système global.

L'efficacité est centrée sur les objectifs fixés. C’est un but plus intentionnel, axé sur le résultat et l’impact.

Mais être efficace ( = atteindre l’objectif) en dépensant 10x plus de ressources n’est en général pas souhaitable.

L’efficience ajoute cette notion d’optimisation des ressources.

On arrive enfin sur quelque chose d'intéressant.

  • On ne cherche pas à produire plus de quelque chose, qui sera inutilisée (efficience apparente)
  • On garde un objectif de qualité dans le résultat recherché
  • On cherche à minimiser les ressources investies

Pour être efficient, on doit parfaitement employer les ressources à notre disposition.

L’objectif est d’en faire le meilleur usage possible, et donc de chercher à les investir de la meilleure des manières.

Ce constat nous force à réfléchir et à aborder les choses de manière stratégique. De cette réflexion découle les questions que l’on retrouve à la base de ce qu’on entend en général par “productivité” : 

  • Quel est mon objectif ?
  • Sur quoi me concentrer ?
  • Quelles sont les tâches à impact ?
  • Comment répartir mes ressources au mieux ?

L'efficience nous permet de chercher à créer le système optimal.

Pour atteindre l’objectif, avoir le maximum d’impact, avec le moins d’investissement.

Cette approche est aussi associée à une recherche d’équilibre.

Si la ressource est le temps, l’idée est d'atteindre nos objectifs en en libérant une partie pour le réattribuer autre part.

La définition de la productivité utilisée plus haut explique pourquoi ce terme est problématique.

Souvent mal compris, mal utilisé, ou mal expliqué.

C’est une notion développée et recherchée par la révolution industrielle. Mais aujourd’hui, la plupart des gens recherchent autre chose. Et demain, ça n'aura même plus de sens.

Si on résume, je définirais la productivité avec une définition se rapprochant de celle de l’efficience : 

Productivité = Résultats impactants / Ressources

Cette équation prend en compte :

  • le fait de travailler sur les bonnes choses
  • la recherche de l'optimisation via l’utilisation des ressources

L’intention est importante

L'objectif de tout ça est de préciser les termes. Pas d'affirmer que l'efficience est ce que tout le monde devrait tout le temps chercher.

Dans certains cas, ça fait sens de rechercher l’efficacité.

Pour quelqu'un cherchant à créer une œuvre qui restera dans les mémoires, l'objectif est d' avoir un impact sur des décennies. Voire des siècles.

Dans ce cas, on cherche à atteindre un 10/10.

On ne veut pas d’un 8/10 avec une utilisation de ressources minimum. On est prêt à payer très cher en ressources pour passer d’un 9/10 à un 9.5/10.

Encore plus cher pour passer d'un 9,5 à un 9,8.

C’est un curseur à choisir consciemment.

Tout dépend de l’objectif, d'où l'intérêt de bien le définir.

Une autre précision importante : on ne recherche pas forcément l'impact à court terme.

La productivité est liée au résultat. Si le résultat souhaité est l’écriture d’un livre, nos ressources seront utilisées bien avant d'obtenir un impact.

Ça ne veut pas dire qu’écrire chaque jour pendant 1h est une mauvaise allocation des ressources, bien ça n’apporte pas de résultats immédiats. D’ailleurs, c’est sûrement la meilleure.

L’idée est toujours d’identifier les tâches à impact pour l’objectif souhaité.

La productivité n’est pas une fin en soi. C’est un outil. Une passerelle qu’il faut mettre au service de son style de vie.

Elle nous permet d’être libre, en contrôle, et de trouver l’équilibre.

Obtenir une vie intentionnelle, axée sur les tâches à impact.

Libre et équilibré car par définition, l’efficience a pour but de limiter l’utilisation de nos ressources. Ces ressources sont souvent notre temps ou notre argent. 

Le but est de se libérer du temps ou de l'argent sans dégrader la qualité de notre travail. Et nous permettre de l’investir dans d’autres sphères de notre vie, au service d’autres centres d'intérêt.

Cette productivité nous redonne le pouvoir. On a le contrôle, car elle vient d’une recherche consciente. Elle démarre souvent par ces questions :

  • Quelle est ta vision ?
  • Quels sont tes objectifs ?
  • Quelles sont les tâches à impact ?
  • Quelles sont tes priorités aujourd’hui ?

Ça remplace le pouvoir et la responsabilité là où elle devrait être : dans nos mains.

Ce n’est pas une productivité du hasard, mais menée par une intention.

Une intention consciente de travailler de manière efficiente sur les bonnes tâches.

De chercher l’impact dans ce que l’on fait au quotidien.

Est ce que toute notre vie doit être productive ?

Je reviens sur le fait de voir la notion de productivité comme un outil au service de ta vie. 

Cet outil doit permettre de minimiser la ressource utilisé pour ton objectif. Pour la réinvestir autre part.

Cet autre part peut être tout ce qu'on souhaite. Tout ce qui est une part intégrante de ta vie. Tout ce qui t'intéresse. Sans notion de productivité.

L’objectif n’a jamais été de créer une tendance compulsive pour optimiser chaque seconde de vie. 

A ce niveau, il n’y a pas de bonne réponse. Libre à chacun de placer le curseur où il le souhaite. Le fait de chercher à être productif dans le but d’avoir le temps pour des moments non productifs peut être cohérent.

Je ne peux pas faire le travail à ta place. Ce que je peux te dire, c’est que pour trouver les réponses, il faut trouver les bonnes questions.

A commencer par savoir précisément pourquoi tu veux être productif.

“The quality of your life is a direct reflexion of the quality of your questions”
Anthony Robbins

Avant de se quitter, en voici quelques unes : 

  • Est-ce que je vis la vie que j’ai moi-même choisie ?
  • Comment j’utilise mon temps ?
  • Pourquoi est-ce que je fais ce travail ?
  • Est-ce que j'utilise mes forces ?
  • Et si c'était facile ?
  • Qu'est-ce que j'évite ?
  • Qu'est-ce qui me rend fier ?
  • Comment je dépenserais mon temps si je n'avais pas à travailler pour gagner de l'argent ?
  • Qu’est ce que j’entends par succès ?
  • Est-ce que je joue au bon jeu ?

Ces questions peuvent prendre une semaine à répondre, comme 20 ans.

Je te laisse pour aujourd'hui avec cette base de réflexion.

Excellent week-end,

L-A

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