Pourquoi l’école ne prépare pas les polymathes à réussir ?
À Singapour, les élèves de 12 ans passent un test décisif pour leur avenir (PSLE). Un test fait à 12 ans qui influence profondément leur trajectoire académique, et parfois toute leur vie.
C'est un exemple parmi d'autres. Partout dans le monde, les systèmes éducatifs poussent très tôt vers des cadres rigides, standardisés, censés garantir le succès futur.
Mais si ces systèmes sont si efficaces, pourquoi tant de gens finissent-ils frustrés, insatisfaits, et perdus dans leur vie professionnelle ?
L'exemple personnel que j'ai, c'est mon année de prépa maths. Si tu me demandais aujourd’hui ce que j’ai retenu, je te dirais : pas grand-chose.
Les espaces vectoriels ? Oubliés.
Les démonstrations et théorèmes abstraits appris "par cœur" ? Pareil.
Je n'ai jamais eu une occasion d'appliquer quoi que ce soit.
Ce qui est resté par contre, ce sont les méthodes de travail que j’ai découvertes par moi-même. Pas directement grâce aux cours, mais parce que je devais trouver des solutions.
C’est ça, le paradoxe : on passe des années à absorber des informations juste au cas où, mais aucun temps à apprendre à apprendre.
Et pourtant, les moments où j’ai le plus progressé dans ma vie, c’était toujours quand je suivais ma curiosité. Quand j’avais un projet concret et que je devais résoudre un problème. Pas pour un test, mais pour avancer sur quelque chose qui m'intéressait profondément.
Je ne suis pas le premier à le dire, et je ne serai pas le dernier : le système éducatif est cassé.
Sa proposition, c'est une trajectoire toute tracée : Bonnes notes → études supérieures → diplôme → bon travail.
Mais si ce chemin était la solution, pourquoi :
- Plus de 50 % des salariés n'aiment pas leur boulot ?
- Pourquoi tant de gens regrettent-ils de ne pas avoir suivi leurs véritables passions ?
La réponse est simple : le système éducatif n’est pas conçu pour aider à trouver sa voie ou à être épanoui. Il entraine à obéir, à mémoriser, et à régurgiter des réponses standardisées.
Mais la vie réelle ne récompense pas la conformité. Elle récompense :
- la créativité
- l’autonomie
- la capacité à s’adapter
C'est un formatage qui va à l’encontre de la nature humaine. On naît curieux, explorateurs, créatifs. Mais à force de forcer tout le monde à apprendre la même chose, de la même manière, au même moment, on tue cette curiosité naturelle.
L’éducation devrait être un outil de libération. Mais aujourd’hui, elle correspond à une simple source de frustration.
Pourquoi ce système n’est plus adapté
Le monde a changé. L’information est accessible partout. Les métiers évoluent… Et la créativité est devenue une compétence essentielle.
Mais face à tout ça, le système éducatif n’a pas bougé. Il continue de fonctionner comme il y a un siècle, à une époque où l’objectif était de former des ouvriers et des employés capables de suivre des consignes.
Si quelqu'un de 1920 arrivait à notre époque, il serait perdu. Perdu face à la technologie, aux inventions, à la culture,… Mais si il y a un endroit où il retrouverait sa place et ses code, c'est à l'école.
Figé dans le passé
L’école a été conçue pour rendre les gens académiquement intelligents : mémoriser, réciter, obtenir de bonnes notes. Tout ça se fait au détriment des autres formes d’intelligence.
- Intelligence créative (mise de coté pour favoriser l'obéissance)
- Intelligence émotionnelle (à peine aborder)
- Intelligence pratique (absente pour privilégier la théorie)
Ca se résume à passer des heures assis, à absorber passivement des informations, au lieu d’être encouragés à réfléchir, expérimenter, et critiquer.
« Un enfant qui ne s'est instruit qu'à l'école n'est pas un enfant instruit. »
George Santayana
Apprendre pour aujourd’hui, pas pour demain
On est sur un modèle "just in case" : tu apprends une masse d’informations inutiles pour le moment, en espérant qu’elles te serviront un jour.
Mais dans la vie réelle, ce qui compte, c’est l’apprentissage "just in time" : apprendre ce dont tu as besoin, au moment où tu en as besoin, pour résoudre un problème concret.
Imagine la différence :
- Apprendre les intégrales en cours sans savoir à quoi elles servent
- Ou apprendre un concept mathématique parce qu’il est indispensable pour ton projet d’application mobile
Dans le premier cas, tu oublies rapidement. Dans le second, tu retiens et tu progresses, car l’apprentissage a du sens.
Pourquoi ça va à l’encontre de la nature humaine (et de la polymathie)
Nous sommes naturellement curieux. Dès l’enfance, cette curiosité nous pousse à explorer, à poser des questions, à vouloir comprendre le monde qui nous entoure. Je doute que tu n'ai jamais observé sans fin un enfant demander "pourquoi ?" et "c'est quoi ça ?" à longueur de journée.
Mais l'école, passage obligatoire, brise cette dynamique.
Un modèle qui écrase la curiosité
À l’école, on apprend tous les mêmes choses, de la même manière, au même moment. Il n’y a aucune place pour l’individualité, pour les intérêts spécifiques, ou pour des approches alternatives.
- Si quelque chose ne sera pas "au contrôle", ça n’a pas d’importance
- Si tu fonctionne différemment, c'est que TU dois avoir un problème
- Les questions hors programme ? Ignorées
Résultat ? On arrête de poser des questions. On perd l’habitude d’explorer. Suivre des consignes, sans chercher à comprendre… (Il y a d'ailleurs un excellent Ted Talks sur le sujet ici).
L’éducation, par définition, devrait être un outil de libération. Une manière de découvrir qui on est, ce qui nous intéresse, et ce qu'on peut apporter au monde.
Apprendre sous la contrainte
L’apprentissage forcé n’a jamais fonctionné. On peut obliger quelqu’un à mémoriser une information pour un test, mais on ne peut pas le forcer à apprendre réellement.
Tout ce qu’on récolte, c’est :
- Une frustration croissante
- Des doutes sur ses capacités
- Une perte de confiance en soi
Pour que l’apprentissage soit efficace, il doit être guidé par un intérêt intrinsèque.
La polymathie : à l’opposé du formatage
Un polymathe, c’est quelqu’un qui excelle dans plusieurs domaines en connectant des idées issues de différentes disciplines. Je suis convaincu que c'est l'approche à avoir, surtout dans notre contexte actuel. Un environnement complexe, où les problèmes demandent des solutions innovantes. Et ça commence par nous connaitre en profondeur (mon objectif avec la Boussole Mentale)
Mais l’école, avec son obsession pour la spécialisation, va à l’encontre de cette philosophie. Elle nous pousse à nous enfermer dans une case, à choisir une seule voie, au détriment de notre curiosité naturelle.
"L'éducation est l'arme la plus puissante que vous puissiez utiliser pour changer le monde."
Nelson Mandela
Mais personne n’a jamais changé le monde en se contentant de faire ce qu’on lui disait de faire.
Respecter la nature humaine
La véritable éducation devrait :
- Encourager la diversité des intérêts
- Donner les outils pour penser par soi-même
- Permettre à chacun d’apprendre à son propre rythme
Parce qu’au fond, nous ne sommes pas faits pour rentrer dans des cases. Nous sommes faits pour explorer, pour connecter des idées, pour apprendre en suivant notre curiosité.
Reprendre le contrôle de son éducation
Maintenant qu'on s'est dit ça, comment faire ? Aujourd’hui, si tu veux vraiment apprendre et progresser, tu dois reprendre le contrôle et designer ton propre apprentissage.
C'est pas facile, mais c’est nécessaire. Parce que ton éducation, c’est ta liberté.
- Prendre le contrôle de son apprentissage
Prendre la responsabilité de ce que tu veux apprendre, et pourquoi.
- Choisir un projet
Trouver un objectif concret qui te motive, un projet sur lequel tester et appliquer ce que tu apprends.
- Apprendre "just in time"
Se concentrer sur les connaissances qui te sont utiles maintenant, pour débloquer et avancer sur ton projet.
- Simuler et tester
Parler à des personnes qui vivent déjà ce que tu veux explorer. Créer des micro-expériences pour valider tes idées avant de t’engager pleinement.
- Itérer
Répéter le process. Ajuster tes apprentissages, tes méthodes, explorer de nouveaux projets, et continuer à progresser à ta manière.
Tu n’as pas besoin d’un système pour te dire quoi faire. Ce dont tu as besoin, c’est d’une direction claire, d’une curiosité sans limite, et de la volonté d’apprendre en faisant.
Et tu peux le faire dès maintenant : quelle est la chose que tu aimerais apprendre que tu as mis constamment sous le tapis ? Définis ton projet, et crée ton propre process d'apprentissage.
Excellent week-end,
LA.