Les effets de levier (appliqués à la productivité)

"Donnez du poisson à une population affamée, vous la nourrirez pendant une journée. Apprenez-lui à pêcher, vous la nourrirez pour toujours."

J'ai découvert cette citation en lisant Thinking In Systems, de Donella Meadows.

Il y a plusieurs versions de cette citation et plusieurs auteurs associés, mais l'idée reste la même. Et elle est très simple : un système qui permet de créer quelque chose a plus de valeur que la chose elle-même.

Simple, évident, pourtant on ne réfléchit pas souvent comme ça.

La première fois que j'ai réellement compris la notion d'effet de levier, c'était en crypto. Évidemment… ça s'est mal fini. Mais il y avait quand même une leçon : ce qu'on possède peut être utilisé d'une manière plus efficiente grâce à un système qui joue le rôle d'un bras de levier.

En termes financiers, notre temps n'a pas la même valeur. Je travaille moins en gagnant plus que quelqu'un, et l'inverse est tout aussi vrai.

Je peux travailler 10x plus que Bill Gates, il continuera à gagner infiniment plus que moi. Simplement parce qu'il a construit des effets de levier que je n'ai pas.

Si deux personnes ont la même vision, elles peuvent avoir des résultats bien différents selon :

  • sur quoi elles travaillent
  • les outils à disposition

Si on applique ça à la productivité, le plus gros écart d'effet de levier créé vient de la priorisation.

Ça revient à la question de The One Thing :

"Quelle est la seule chose que vous pouvez faire pour que tout le reste devienne plus facile ou inutile ?"

Quelqu'un qui répond correctement à ça aura plus de levier. Et il sera plus efficient en 2h que quelqu'un d'autre en 8h qui n'a pas bien cerné sa tâche importante.

Le truc, c'est qu'on n'a jamais la vue complète pour répondre parfaitement à la question. Je le vois sous forme de couches de niveaux : on y répond de la meilleure des manières avec notre niveau de conscience actuel, seulement pour se rendre compte qu'on se trompe. Qu'au final, ce sur quoi on travaillait n'était pas du tout le plus important.

En avançant comme ça, on gagne en levier.

On supprime, on délègue, on est frustré parce qu'on a perdu beaucoup de temps à ne pas travailler sur les bonnes choses. Puis on commence à travailler pour créer des systèmes : si on a une tâche A à faire, on ne priorise plus A. On priorise la création d'un système qui fait A.

L'effet de levier pour gagner plus

Pour la plupart, l'équation est simple : Revenus = Taux horaire × Temps.

La première tendance naturelle est d'augmenter ses revenus en augmentant la composante temps. Si on travaille plus, on gagne plus : logique, mais sûrement la pire solution.

Sinon, on peut essayer d'augmenter le taux horaire. Ici, on peut chercher à obtenir une promotion, changer de poste, faire un diplôme, augmenter son TJM. On essaie de répondre à la question : comment faire mieux avec la même chose ?

Mais il y a un troisième niveau, où l'équation devient en réalité : Revenus = Taux × Temps × Levier.

On va maintenant se demander comment optimiser ses efforts grâce aux leviers. Autrement dit, comment faire plus (ou mieux) avec moins.

L'erreur à ne pas faire, c'est de changer son objectif en cours de route, sans même s'en rendre compte.

On démarre avec un objectif de revenus (résultat). Et, sans s'en rendre compte, on se retrouve à créer des systèmes qui génèrent un effort (temps de travail) plutôt que ce résultat.

Trouver des effets de levier dans chaque composante

On voit la même chose en prenant l'équation de la productivité : Productivité = Temps × Énergie × Attention. Chaque facteur offre des opportunités d'efficience.

  1. Temps

C'est la composante la plus facile à ajuster. On peut avoir toute l'énergie et l'attention du monde, on doit quand même se dégager du temps pour réellement faire les choses.

Tu peux considérer que tu n'as pas le temps alors que tu ne travailles simplement pas sur les bonnes choses (priorisation).

Tu peux aussi te dire que tu as trop d'obligations et de choses à faire, alors qu'une partie d'entre elles serait mieux faite par quelqu'un d'autre (délégation).

Autrement, tu peux avoir la sensation de manquer de temps, simplement parce que ton planning est mal construit (organisation).

Résumé : Si tu n'as pas assez de temps, tu deviens surchargé.

  1. Énergie

Avec tout le temps du monde mais sans énergie, on ne peut pas aller bien loin. C'est pour ça qu'il faut bien comprendre que toutes les heures ne se valent pas. D'où l'importance de planifier ses priorités comme les premières choses à faire dans sa journée.

Tu n'auras pas le même niveau d'énergie à 9h qu'à 14h. Et donc, une tâche qui devrait te prendre 45 min à 9h t'en coûtera souvent deux heures en début d'après-midi.

C'est une question de cycle naturel, mais aussi de typologie d'activité. Il y a des activités qui vont te coûter beaucoup d'énergie, quand d'autres t'en redonnent. On peut le voir facilement en faisant un simple audit de sa semaine : quels sont les moments où j'ai le moins d'énergie ? Après quelles activités ? À quelle heure ?

Le dernier point est l'évidence de l'état physique et mental. Si tu veux être productif après une nuit de 3h de sommeil ou après un repas équilibré composé de 300 g de pâtes, bonne chance.

Résumé : Si tu n'as pas assez d'énergie, tu deviens épuisé.

  1. Attention

C'est le levier qui est le plus souvent oublié. Tout le monde connaît son importance, mais personne ne le prend au sérieux. On peut inclure plein d'éléments à optimiser ici, qu'on peut regrouper en deux catégories :

  • les distractions externes
  • les distractions internes

Dans les distractions externes, on retrouve évidemment le téléphone sur le podium. Combien de fois je vois du "deep work" avec le téléphone juste à côté, interrompu toutes les 10 min par une notification ou un message ? Mais le téléphone n'est pas le seul fautif, on peut chercher à optimiser d'autres éléments de son environnement.

J'ai travaillé pendant un an en open space. L'horreur.

À part le fait de prendre conscience que ce n'était pas pour moi, c'est là que j'ai réellement compris qu'une heure de travail isolé dans une pièce en valait trois dans un open space.

L'idée est simplement de prendre du recul sur son environnement de travail et de se demander ce qu'on pourrait clarifier ou améliorer.

Peut-être qu'on n'est pas assez clair dans nos demandes.

Qu'on est interrompu parce que ceux avec qui on travaille ne comprennent pas bien nos besoins.

Peut-être que le fait de vouloir ne pas être interrompu sur tel créneau horaire n'est juste jamais évoqué.

Peut-être que son bureau est rempli de pollution visuelle, et qu'un simple rangement peut tout changer (loi de Douglas).

Et puis, il y a les distractions internes. Celles-ci passent encore plus inaperçues. On peut inclure :

  • le stress
  • la charge mentale
  • la gestion émotionnelle dans son ensemble

Résumé : Si tu n'as pas assez d'attention, tu deviens distrait.

L'effet de levier selon Naval

"In an age of infinite leverage, judgment is the most important skill."
Naval Ravikant

On peut tout voir sous le prisme de la prise de décision. Celui qui aura la meilleure capacité à juger une situation fera le meilleur choix possible avec les ressources à disposition.

Pour rester sur l'application de la productivité, on peut dire que les meilleurs résultats viendront des personnes qui auront la meilleure réponse à :

  • Ce qu'elles font (réponse à "quelle est ma priorité ?")
  • Quel type d'énergie (réponse à "Quand et dans quelles conditions le faire ?")
  • Quel niveau d'attention (réponse à "Comment optimiser mon niveau de concentration durant ces moments clés ?")

C'est elles qui auront le meilleur effet de levier pour être efficiente.

On n'est plus à l'ère industrielle. Les résultats ne sont plus comptés en terme d'heures, mais selon le niveau de quelques compétences clés comme le jugement et la qualité décisionnelle. En une décision, on peut supprimer des centaines d'heures de travail inutiles, ou apportant un résultat moyen.

L'objectif est de trouver tout ce qui décorrèle l'effort en entrée aux résultats. Ici, la clarté est également une force à effet de levier car elle supprime des frictions et incertitudes.

Les pauses stratégiques ont également leur rôle à jour. L'analyse. La créativité.

La prise de recul devient la clé, pour observer et identifier les systèmes dans leurs ensembles. On change notre objectif, qui passe de "faire X" à "créer et optimiser mon système qui fait X".

Il faut simplement ne pas modifier l'objectif du système en cours de route, et optimiser les bonnes variables (qui se retrouve rarement être le temps qu'on passe à faire les choses).

En espérant que ça t’ait donné des idées,

Bon week-end,

LA

Read more