Le pont entre ta productivité et ta vision (comment vivre en série de projets)
Très souvent, on cherche l'optimisation à un niveau quotidien. On applique tous les conseils et hacks de productivité aux tâches quotidiennes, dans l'optique de réussir sa journée.
Même si cette vision là a son importance, on gagnerait souvent à dézoomer un peu.
C'est bien au niveau de la journée que se trouve l'action (quand faire des pauses, quand travailler, combien de temps,…). Et c'est à un niveau global que se trouve la direction (vision). Mais on oublie de définir un élément intermédiaire liant les deux.
De mon côté, je me rappelle beaucoup mieux de mes projets.
Même les choses que j'ai lancées il y a longtemps restent plus facilement. Par contre, c'est beaucoup plus compliqué de se rappeler d'une période homogène. Pas facile d'identifier ce qui s'est passé ou ce que j'ai appris dans une année complète où j'ai fait exactement la même chose pendant 365 jours.
Il n'y a rien de linéaire. Il ne se passe jamais la même chose au même moment, ce qui vient en contradiction directe avec 99% des approches avec lesquelles les gens s'organisent.
On cherche à forcer les choses, à aller à contre-courant pour atteindre nos objectifs. Non seulement on ne les atteint pas, mais on se sent mal, frustré et exténué après.
Il n'y a aucune délimitation. On pense savoir ce qu'on "doit" faire, mais on ne se demande pas comment on se sent ni ce qui nous motive réellement en ce moment. Du coup, on impose un emploi du temps sur une vision décorrélée.
Plus on va réussir à reconnaître ce "flow", plus on va pouvoir y associer une organisation qui lui correspond. Et mieux on va progresser en restant aligné.
Ma manière de répondre à ça, c'est de tout voir comme une suite de projets.
Ce qu'on peut reprendre de la gestion de projet
On peut comparer ça à de la réelle gestion de projet. Au final, c'est même exactement ce que c'est. Ils sont souvent composés des mêmes phases, avec un objectif, un début et une fin.
Là où on prend le temps de créer une vision d'ensemble et de prioriser dans son travail, on ne le fait pas pour sa vie.
Au lieu de naviguer à vue, on gagnerait une vision claire. Une vue d'ensemble sur la direction (vision, valeurs), des étapes, et se poser régulièrement pour définir la prochaine.
Quand je me lance dans un projet qui n'est pas clair dès le départ, je me retrouve toujours à un point où je n'investis pas mon attention sur la bonne chose.
J'ai la tête dans le guidon, mais je tourne en rond. Je suis entraîné dans un flux de tâches non prioritaires (qui ne servent souvent pas directement ma vision) et je ne progresse pas. Sans dézoomer, je ne vois que l'objectif final sans regarder ce que je fais au quotidien. Je ne me rends pas compte que je ne fais que m'occuper.
Par contre, tout ne peut pas être considéré comme des projets. Ça peut aussi être de simples habitudes.
Mais si je me lance dans quelque chose en partant de zéro, ma manière préférée est quand même de lancer un projet. Avoir cette forme permet de créer un élan initial.
Si je commence un sport de zéro, je crée un projet. On peut se dire qu'on met juste ça sous la forme d'une habitude et qu'on va y allouer 3h par semaine. Mais ce que je préfère, c'est de démarrer par un projet pour comprendre et mieux progresser.
Je le prends comme un premier test pour m'apporter les bases. Ça peut être de passer 10 h à m'informer sur un sport pour comprendre la logique, les sous-domaines,… et alterner avec de la pratique. Selon mon bilan du projet, ça peut devenir une habitude ou non. En 10h d'immersion, je peux me rendre compte que ça me passionne, ou au contraire que je garde mon envie de sport mais que celui-ci ne me plaît pas.
Ça a plusieurs avantages :
- J'y gagne une compréhension globale du sujet (même s'il ne m'intéresse pas au final)
- Je gagne du temps en raccourcissant mes feedbacks via l'immersion
- Je progresse plus vite avec une approche plus structurée
"Your life is not a single trajectory, but a series of experiments."
Bill Burnett & Dave Evans
Une autre manière de voir la productivité
Se concentrer sur les projets permet de voir la productivité différemment.
Oui, on a tous besoin de savoir se concentrer, d'apprendre à ignorer les distractions,…
Mais au lieu d'analyser le nombre ou les tâches qu'on raye au quotidien, on peut analyser le projet dans son ensemble (réalisation, process, organisation,…).
Ici, on ne regarde pas la pure "productivité" au niveau des tâches, ni l'ambition au niveau de sa vision. On va se placer sur le juste milieu entre cette approche très court et très long terme : les projets.
C'est le pont entre les deux.
On peut être ultra productif au quotidien, mais si on ne lance pas de projet (ou pas le bon), ça ne servira à rien. Cette productivité quotidienne ne peut pas être le seul indicateur. Le complément, c'est le choix du projet.
L'important, c'est de garder l'accent sur les inputs (notre apport en entrée). Il est possible qu'un objectif fixé ne puisse pas être réalisé à cause d'un événement extérieur dont on n'a pas le contrôle. Un projet, lui, dépend de nos inputs personnels, sans considération de l'output dans sa formulation.
- Perdre 10kg devient manger quotidiennement des aliments non transformés et rester à un déficit calorique de 10%
- Faire 10k€ de CA devient créer et lancer stratégiquement son offre
Il y a un objectif relié à chaque projet, mais on ne l'évalue que par la réalisation des inputs.
Je m'organise en saisons.
Des saisons de concentration, de maintenance, de créativité ou de pause. Les projets s'intègrent très bien dans cette approche et peuvent prendre des formes différentes.
Ils peuvent correspondre à une saison précise. Typiquement, prendre un mois pour créer un produit, qui pourra être un projet et une saison de concentration.
Mais ce n'est pas toujours le cas. Quelque chose de plus ambitieux, par exemple, peut s'intégrer dans plusieurs saisons. Un projet lié à l'écriture d'un livre peut prendre un an et être le cœur de plusieurs saisons (souvent non consécutives).
Clarifier ses projets
Voir sa vie et s'organiser en projets ne veut pas dire être victime du syndrome de l'objet brillant et passer son temps à diverger.
Il faut un temps d'incubation suffisant pour prouver que le projet en question a une réelle importance.
Pour bien faire ça, un excellent outil va être la Hiérarchie d'Intérêt. C'est là qu'on va pouvoir tout lister, classer et prioriser tous ces intérêts, qui peuvent correspondre à des projets potentiels.
Si l'un d'entre eux reste (et revient à la charge à chaque fois qu'on s'y penche), c'est une preuve suffisante pour se lancer.
Le process de manière très simple :
- Exploration (divergence)
- Priorisation (convergence et clarté)
- Définir un objectif et un planning stratégique
- Exécution
- Analyse
Avoir cette approche permet aussi de mieux délimiter sa vie. On la déconstruit par blocs délimités. Chaque bloc a une intention, qui nous permet de mieux développer ce qui nous intéresse et de s'alimenter en séries d'expériences.
Ça délimite ses expériences, mais aussi ses souvenirs. En faisant tous les jours la même chose sans distinction, on peut passer 10 ans sans s'en rendre compte et avoir l'impression de n'avoir rien fait. Avec une vision en séries de projets, on peut identifier beaucoup plus facilement chaque période et ce que ça nous a apporté.
On ne voit plus 365 jours par an, mais 3 ou 4 projets.
À noter que ça ne reste qu'un outil dans sa boîte à outils.
On ne peut pas en être dépendant, mais on a la possibilité de l'utiliser quand on le juge pertinent et utile. C'est peut-être l'outil parfait pour se lancer dans l'écriture d'un livre, mais l'un des pires pour créer une habitude de sport quotidienne.
En espérant que ça te donne des idées pour lancer tes projets.
Bon week-end,
L-A