L'avenir des compétences T-shaped (comment construire ses compétences)

On entend souvent dire qu’il faut se spécialiser. Que devenir un expert dans un domaine unique, c’est le chemin vers le succès.

Certes, les spécialistes ont toujours leur place. Mais souvent, ça ne suffit plus…

On a de plus en plus besoin de caméléons. De personnes avec une compréhension globale, des connexions entre les disciplines, et une capacité d’adaptation.

Du coup, une question se pose : comment est ce qu'on devrait développer et organiser nos compétences ?

C'est à partir de là que je me suis dit qu'il serait sans doute plus précis de construire un vrai arbre de compétences, plutot que de rester accrocher sur une seule branche.

C'est tout l'objet de la newsletter d'aujourd'hui : trouver comment construire cet arbre.

Mais avant, il faut parler de ce que tout le monde connait : le T-shaped.

Le modèle parfait ?

La première fois que j’ai entendu parler du concept des "T-shaped skills", j’ai été fasciné.

Ça semblait tellement logique :

  • une compétence principale en profondeur (la barre verticale du T)
  • soutenue par une base large de connaissances transverses (la barre horizontale)

C’est clair, facile à expliquer, et aligné avec ce que les entreprises recherchent.

À l’époque, je pensais que c’était la solution parfaite pour des personnes curieuses comme moi. Une façon d’avoir une expertise tout en nourrissant cette envie d'apprendre.

Certes, c'est bien mieux que le "I-shaped" centré sur une simple spécialité. Mais avec le temps, cette vision a commencé à me frustrer :

  • Le T-shaped me paraissait trop rigide
  • Mes centres d’intérêt ne tenaient pas en une seule barre verticale
  • Que ma curiosité m’amenait à explorer des domaines parfois très éloignés les uns des autres

Et surtout, que ces domaines ne restaient pas indépendants : ils se nourrissaient entre eux.

Chacun crée une combinaison avec les domaines qu'il explore, les expériences qu'il accumule, les perspectives qu'il développe : la somme de tout ça crée un croisement unique.

  • C’est cet overlap qui te distingue
  • C’est cet overlap qui te permet de résoudre des problèmes d’une manière qu’aucun spécialiste ou généraliste pur ne pourrait imaginer

Bref, le cadre était trop restreint…

L'idée initial était à garder, mais il fallait en quelque sorte combiner plusieurs T-shaped.

En fouillant, c’est là que j’ai découvert des modèles alternatifs : le comb-shaped, le Pi-shaped, et d’autres.

Source : CertiBanks

Déjà, ça me correspondait déjà beaucoup plus. C'était des représentations qui illustrent beaucoup mieux la structuration des compétences avec plusieurs piliers.

Là on parle. Là on peut exprimer ses centres d'intérêt sans frustration.

Par exemple, le comb-shaped va un cran plus loin : plusieurs compétences en profondeur, connectées par une base commune. Pour des personnes curieuses, c’est une libération et un modèle qui reflète beaucoup mieux la réalité de leurs centres d’intérêt.

Mais il y a encore quelque chose qui me dérange… Le comb-shaped est ce qui se rapproche le plus d'un framework cohérent. Mais il n'intègre pas réellement ce que chaque domaine apporte aux autres.

Dans cette représentation, les spécialisations sont là pour supporter le tronc commun, pas pour s'auto-alimenter et faire émerger des nouvelles perspectives.

C'est pourtant ce qu'on veut.

En gros, on arrive sur 3 problèmes :

  • C'est la porte ouverte à la multipotentialité (et au risque de ne pas développer d'expertise, mais simplement une connaissance basique dans plein de domaines)
  • Ca retranscrit assez mal la réalité de la complémentarité et la combinaison des différents intérêts
  • Il n'y a aucune notion de niveau de compétence : dans le comb-shaped, toutes les spécialités sont au même niveau

  1. Porte ouverte à la multipotentialité

Par définition, c'est la grande différence entre le terme multipotentiel et la notion de polymathe. L'un est intéressé par tout mais se disperse sans créer une réelle expertise, ce que réussi à faire le polymathe.

Dans la théorie, le comb-shaped est attrayant. Il représente plutôt bien l'envie de tout découvrir, mais il est difficilement réaliste pour la plupart des gens. En prenant ce modèle, 99% des personnes se créera une "comb-shaped" avec 10 spécialités (qui n'arriveront jamais à un niveau de compétence pour être appelé ainsi).

On retombe sur les problématiques classiques pour les personnes curieuses : la superficialité et le syndrome de l'objet brillant.

  1. Chaque spécialité est compartimentée

L'une des caractéristiques les plus importantes à développer, c'est la complémentarité. L'innovation. La créativité via la combinaison de compétences, ou l'application d'un domaine à un autre.

C'est comme ça qu'on arrive à quelque chose de nouveau. Une solution inattendue, une découverte, un point de vue différent.

Développer une compétence en marketing, en photographie, et en saut à la perche, c'est bien. Mais appliquer les principes de photographie au marketing, c'est là que la magie opère. Et pour ça, il faut créer des ponts entre les domaines.

Et pour le moment, on a vu que des modèles qui compartimentent nos compétences. Ils les présentent comme des éléments isolés : reliés par une base, mais sans véritable interaction entre elles.

  1. Chaque spécialité est au même niveau de compétence

Le dernier problème que j'ai avec ces modèles, c'est l'absence de la notion de progression. De développement.

On considère qu'on passe du jour au lendemain à 7 spécialités, et que toutes ces compétences vont (et doivent) avoir le même niveau de profondeur. Ca aussi, ça me parait assez éloigné de la réalité, autant sur la véracité que sur la simple envie de chacun de développer ses intérêts de manière différente.

Il y a des modèles existants qui se basent sur le comb-shaped en intégrant cette notion ("broken comb-shaped" pour les plus curieux), mais ça me semblait plus être une tentative en tordant un truc qui fonctionne mal plutôt qu'une vraie solution efficace et complète.

Construire son arbre de compétences

Après tout ça, j'avais toujours pas trouvé un modèle aligné avec ce que j'avais en tête.

Du coup, j'ai essayé de crée mon propre arbre de compétences intégrant :

  1. Un tronc commun solide, basé sur des compétences transverses (qu'on pourrait appeler catalyseurs ou "meta-compétences")
  2. Des branches principales, qui représentent les compétence et les niveaux de profondeur
  3. Un réseau de connexions entre ces branches, qui représente les synergies

Avec ça, on peut suivre l'évolution des compétences :

  • Découverte : Exploration de domaines, immersion
  • Maitrise : Compétences approfondies et appliquées de manière autonome, fonctionnelle et efficace
  • Expertise : Haut niveau de compétence permettant d'enseigner et d'innover

A noter que toutes ces formes restent des frameworks.

Le T-shaped, le comb-shaped, ou tout autre modèle ne sont que des points de départ. La vraie valeur se trouve dans la capacité à créer des ponts, à rester en mouvement, et à bâtir un écosystème de compétences unique.

Ce sont de simples manières de représenter l'arbre de compétences de chacun. C'est pas une façon de s'emprisonner, mais au contraire de se donner un cadre à adapter.

Pour sortir du cadre, il faut avant tout un cadre.

Le point le plus important ici, c'était d'avoir un modèle dynamique qui laisse de l'espace à l'adaptation, l'évolution, et la connexion entre disciplines.

En espérant que ça t'a aidé !

Bon week-end,

LA

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