L'avènement des généralistes
“Les espèces qui survivent ne sont pas les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements.”
C’est une citation attribuée à Darwin. Elle n’est peut-être pas de lui, mais elle a du sens. Parce qu’aujourd’hui, ceux qui s’adaptent le mieux sont aussi ceux qui réussissent le mieux.
Et la clé est un profil qu’on connaît bien mais qu’on néglige : le généraliste.
Personnellement, j’ai toujours eu du mal à me mettre une étiquette. Je ne suis pas juste “X”, je suis aussi “Y” et même un peu “Z”. Plutôt que de me spécialiser dans un domaine, j’ai toujours aimé explorer, m’intéresser à plein de sujets différents.
Pareil pour les questions “qu’est ce que tu fais dans la vie ?” ou “c’est quoi tes centres d’intérêt ?”. Quelle horreur.
Soit je trouve un terme commun pour synthétiser ma réponse et passer à autre chose, soit j’en ai pour 2 heures.
Essayer de se définir par un mot, c’est accepter de se mettre dans une case. Avant même de s’en rendre compte, on défini un référentiel en limitant tout un tas d’opportunités. On réduit notre vision, on la rétrécit jusqu’à passer bien docilement dans la vision qu’on attend de nous. Ce qui est couramment admis et compris. Mais en faisant ça, on laisse très souvent la vaste champ des possibles de coté en sacrifice.
Alors, c’est quoi, un généraliste ?
Un généraliste, c’est quelqu’un qui combine différentes compétences pour résoudre un problème. Il a des connaissances larges, des expériences variées, et une capacité à connecter les points entre des choses qui semblent, à première vue, sans lien.
Des compétences larges, des perspectives diverses, et une vue d’ensemble : c’est la combinaison de tout ça qui permet d’identifier des patterns et de donner du sens.
Voici ma définition exacte :
C’est un expert en apprentissage et résolution de problème, avec vision d'ensemble. Quelqu'un capable de prendre ses forces et de les appliquer à travers plusieurs domaines.
Les généralistes ont cette capacité à se glisser dans différents environnements. Ils peuvent survivre dans une grande entreprise, mais là où ils s’épanouissent vraiment, c’est en suivant leur propre voie.
Ce n’est plus à celui qui travaille le plus, mais à celui qui sait réfléchir différemment, relier les idées, et trouver des solutions créatives.
Le monde actuel ne manque pas de cadres. Il manque de gens qui réfléchissent et innovent.
Et pour ça, le généraliste est essentiel.
Sans objectifs clairs, on suit souvent ceux qu’on nous impose. Et la société est experte dans le domaine : donner des directions à ceux qui n’en ont pas, assigner des objectifs à ceux qui n’osent pas choisir les leurs. Un généraliste, lui, c’est quelqu’un qui explore, apprend, et développe les compétences dont il a besoin pour avancer dans sa propre direction.
On apprend qui on est en faisant, pas seulement en pensant. Bien sûr, l’introspection est essentielle. Mais tant qu’on n’a pas testé, vécu, exploré, c’est impossible de se projeter complètement.
Alors comment on peut espérer bâtir une carrière, planifier une vie entière à 18 ans, quand on n’a rien exploré ? C’est pourtant ce qui est attendu par le système éducatif.
Avant de savoir qui on est, mieux vaut commencer par suivre ses intérêts, définir une direction mais se concentrer sur le court terme, et se lancer là où ça fait sens.
La curiosité est la base de l’humain
Dès l’enfance, on est curieux. Regarde les enfants : ils posent des “pourquoi” à longueur de journée. Et en répondant à sa question, tu sais très bien ce qui t’attends : un nouveau “Pourquoi ?”.
La curiosité, c’est notre façon naturelle de comprendre le monde, d’explorer, de connecter les idées. Et ça, les généralistes l’ont gardé.
Les généralistes sont comme des enfants affamés d’apprendre. Ils ont soif de découvrir, d’explorer, de connecter ce qu’ils apprennent à d’autres idées, d’autres domaines. Forcer un généraliste à se spécialiser, c’est comme lui couper les ailes. On finit par créer de la frustration chez lui, une sensation d’être emprisonné dans un cadre trop étroit.
Et ce cadre, il commence tôt. Le système éducatif nous apprend à focaliser notre attention sur un domaine précis. À mesure qu’on avance, on passe des matières générales aux spécialités, puis aux sous-spécialités, jusqu’à parfois se retrouver dans des sous-sous-domaines. On nous dit que c’est la clé pour réussir, que c’est comme ça qu’on se prépare à l’avenir. Mais le monde change trop vite pour qu’une seule compétence suffise.
Les généralistes, eux, prospèrent dans ce flou. Pour eux, chaque nouvelle discipline, chaque domaine exploré, c’est une nouvelle opportunité de connecter les idées. Au lieu de leur dire quoi apprendre, on devrait leur apprendre comment apprendre. Au lieu de leur donner des réponses, on devrait leur montrer comment penser par eux-mêmes.
Être généraliste pour survivre dans un environnement changeant
Ce qui était une compétence recherchée il y a dix ans peut devenir obsolète en un rien de temps. On le voit : des métiers disparaissent, des industries entières se transforment. Dans cet environnement où tout évolue, se spécialiser devient le plus grand des risques.
C’est là que le généraliste fait la différence. Parce qu’il sait s’adapter. Il a l’habitude d’apprendre de nouvelles choses, de se réinventer si besoin. Il sait comment apprendre et monter en compétence efficacement, et il peut appliquer ça à tous les domaines nécessaires ou qui tombent sous le coup de sa curiosité.
Être bon dans une seule chose, c’est s’exposer au risque de voir cette compétence remplacée ou automatisée. Les généralistes, eux, construisent des ponts entre plusieurs domaines, et c’est ce qui leur permet de rester pertinents, peu importe les changements.
Et puis, il y a un avantage énorme aujourd’hui : l’accès à Internet. On parle pas assez de la dinguerie que c’est parce que c’est vite devenu normal. Mais ce qui est normal n’est que rarement utilisé à sa juste valeur.
C’est la même chose que le pricing : ce que tu obtient gratuitement a une valeur perçue beaucoup plus faible que ce que tu achètes 500€. Pourtant, c’est possible que le gratuit soit plus qualitatif, utile, efficace ou peu importe l’avantage que tu recherchais.
Tout est là, à portée de main. Apprendre une nouvelle compétence, comprendre les bases d’un domaine, se former sur des outils complexes – rien n’est impossible avec les ressources en ligne. Les généralistes exploitent ça au maximum. Pour eux, chaque nouveauté est une opportunité. Un changement, c’est une occasion d’élargir leur expertise, de se préparer au monde de demain.
Chaque transformation dans le monde est un risque pour certains… mais pour le généraliste, c’est la meilleure opportunité de grandir, de s’adapter, de rester à jour dans un monde en perpétuelle évolution.
La pensée latérale et la résolution de problèmes
Les généralistes ont une arme secrète : la pensée latérale. Là où un spécialiste a tendance à creuser en profondeur dans une seule direction, le généraliste, lui, prend du recul et regarde les choses sous un angle différent. Il n'est pas limité par un cadre rigide ; il explore des chemins parallèles. Et grâce à ça, il arrive à des solutions inattendues et créatives.
En réalité, cette capacité de pensée latérale est au cœur de la résolution de problèmes. Pouvoir sortir des sentiers battus est une compétence précieuse. Et c’est souvent en mélangeant des concepts issus de domaines différents qu’on trouve les solutions les plus innovantes.

Imagine que chaque compétence, chaque domaine, soit une pièce de puzzle. Un généraliste est celui qui voit la vue d’ensemble, qui sait assembler ces pièces pour en faire une image cohérente. Il peut puiser des idées dans un domaine, puis les appliquer à un autre pour résoudre des problèmes d’une façon que peu auraient envisagée.
Et c’est bien ce qui rend les généralistes si indispensables : ils ne se contentent pas de suivre une seule piste. Ils jonglent avec plusieurs perspectives, innovent en connectant les points, et créent des solutions inédites là où la spécialisation stricte peut parfois limiter la vision.
Le monde qui arrive, c’est un monde de changement constant. Et dans ce contexte, être généraliste, c’est une force. Un avantage énorme. On est bien loin de la connotation négative de l’adage “jack of all trade, master on none”.
C’est l’occasion de suivre sa curiosité, d’explorer, de connecter les domaines pour y apporter quelque chose d’unique. Les généralistes ne suivent pas seulement un chemin. Ils les multiplient, les croisent, et créent de nouvelles perspectives.
Alors, comment devenir et développer ce profil de généraliste ?
- Un état d’esprit de journaliste
Sois curieux, pose des questions, développe ta créativité. Cherche à comprendre le "pourquoi" derrière les choses.
L’idée n’est pas de se forcer : si tu es un généraliste, il s’agit plus d’accepter et de laisser la place à une curiosité déjà là, bridé jusqu’à présent.
- Poursuis tes centres d’intérêt
Explore plusieurs domaines, découvre ce qui te passionne vraiment, et crée des opportunités autour de ces intérêts (j’en parle ici). Attention par contre à bien gérer le syndrome de l’objet brillant.
- Apprends en continu
Je résume tout ça au growth mindset. Ca encapsule toute l’approche à avoir.
- Comble les gaps
Deviens ce pont entre les spécialités. Là où d’autres voient des barrières, toi, tu verras des connexions.
Avoir des compétences larges devient de plus en plus un avantage compétitif.
Mais le message n'est pas de confronter les généralistes aux spécialistes où l’un serait mieux que l’autre.
Les 2 sont complémentaires.
Par contre, pour un généraliste, il peut de plus en plus facilement accepter ce profil sans frustrations, et apporter une réelle plus value sur la table avec une vision d’ensemble impossible pour les spécialistes.
Profite bien de ton week-end !
LA.