La pièce manquante (la clé de la productivité et créativité)
Beaucoup des plus grands noms de notre histoire ne travaillaient que 4h par jour.
On peut prendre entre autres Darwin, Henri Poincarré, ou Stephen King.
Leur génie et leurs contributions sont indéniables.
On peut se dire qu’ils passaient l’intégralité de leurs journées à travailler sans relâche.
Mais en y regardant de plus près, c’était loin d’être le cas.
Oui, ils protégeaient à tout prix leur période de forte productivité. Mais ils profitaient du reste de la journée pour d’autres activités.
Et le repos en était une partie intégrante..
A l’heure actuelle, dans la plupart des milieux et entreprises, on a la volonté claire de travailler le plus longtemps possible.
On en est même fier.
Mais la surcharge de travail n’est pas un badge d’honneur. En tout cas, ça ne devrait pas l'être.
Si on est pas tout le temps occupé, on se sent coupable. Et on est jugé coupable par les autres. Du coup, on fait en sorte de trouver une occupation, même si elle n’a aucun sens.
“My value is based on my best ideas in any given day, not the number of hours I work”
Stephen King
La première étape, c’est de reconnaître qu’un temps de repos de qualité (on y reviendra) n’est pas du temps perdu. Mais plutôt une partie intégrante de la qualité de notre travail.
Comment on utilise nos moments de repos détermine la qualité du travail.
Il faut apprendre à ralentir pour remplacer le fait d’être occupé par le fait d’être concentré.
La boucle infinie
En regardant en arrière, les périodes où j’ai été le plus productif ont été celles où j’avais le plus de temps libre.
Où le repos, l’idéation et la créativité avaient une place intégrante de mes journées.
Au contraire, j’ai eu une période où je bossais toute la journée, où mon but était d’aligner les heures.
Avec du recul, littéralement aucune heure durant cette période n’était consacrée à du travail de qualité.
Aucune idée créative ne pouvait sortir de là.
Aucun recul.
Charge mentale au max, et aucune clarté. J’étais un PNJ.
Mes réflexions tournaient autour de “je ne travaille pas assez”, “j’ai besoin de faire plus, “il faut faire plus”.
Je donne toujours une grande importance au fait de faire. Mais ma relation avec le travail m'empêchait d’avoir une vue d’ensemble. D’avancer intelligemment.
J’étais même incapable de savoir si j’avançais dans la bonne direction.
Dès que je prenais du recul - des véritables pauses - j’avais l’impression de briser les chaînes de ma créativité et de supprimer mon brouillard mental.
A la suite, il a simplement suffit d’intégrer ces pauses dans mon quotidien pour qu’elles deviennent une partie intégrantes de mes journées.
Le mauvais indicateur
Le truc, c’est qu’on part d’un constat faux.
La logique aujourd’hui, c’est que le temps de travail est l’indicateur principal de la productivité.
Ce qui voudrait dire que cette productivité est linéaire en fonction du temps.
C’est le cas pour une machine, mais par pour nous.
On peut le voir sous 2 angles différents :
- comment évolue la productivité sur un bloc de temps dédié ?
- comment évolue la productivité sur toute une semaine de travail ?
Dans les 2 cas, la réponse est : décroissante.
Selon Alex Pang, l'auteur du livre Rest, on ne devient pas excellent dans un domaine après les fameuses 10 000 heures de pratique.
On devient excellent après 10 000 heures de pratique délibérée, 12 500 heures de repos délibéré et 30 000 heures de sommeil.
Il y a une infinité d’études sur le travail, son importance, comment le maximiser, les techniques pour en faire plus,...
Mais pas grand chose sur le repos.
Pourtant, ce sont les 2 faces d’une même pièce.
Ils ne s’opposent pas, ils s’auto-alimentent.
Et il ne faut pas regarder très loin pour le constater.
Tout le monde finit par découvrir l’importance du repos, très souvent de manière brutale (souvent la cause d'un burnout).
Le vrai sujet, c’est de savoir qui s’attaque vraiment au problème ?
La société ne laisse pas de temps disponible pour ça. Si aucune action n’est prise, tu seras toujours poussé pour en faire plus, encore et encore.
Encouragés à te presser jusqu’à la dernière goutte contre quelques minutes en plus.
En réalité, ça doit venir de nous.
D’une réelle décision.
Il faut prendre ce temps soi-même, et le consacrer à du vrai repos.
Mettre en place du repos délibéré
On entend souvent parler de la pratique délibérée pour apprendre quelque chose et progresser. C’est un entraînement réalisé de manière consciente et intentionnelle.
On pourrait garder la logique et parler de repos délibéré. Il s’agit de moments choisis, intentionnels qui ont pour seul but de :
- libérer notre créativité
- réellement recharger l’énergie utilisée lors des périodes de travail / forte concentration
- renforcer les apprentissages
Comment faire en sorte que ça soit considéré comme tel ?
Il y a une infinité d’activités qui peuvent entrer dans cette catégorie.
(Regarder Netflix avec le Instagram ouvert à coté n’en font pas partie)
On peut regrouper toutes ces activités dans ce qu’on va appeler du “repos actif”.
Ce qu'on entend actuellement par repos n'en n'est pas vraiment. La distinction est importante, car l’un nous repose et l’autre aspire notre énergie.
Quelques exemples de repos actif :
- Marche
- Méditation
- Activité artistique
- Lecture
Quelques exemples de repos passif
- Netflix
- Scroll sur les réseaux sociaux
- Enchaîner les vidéos Youtube
- Regarder les infos
Toutes les activités de repos actifs ont une singularité : elles activent le Default Mode Network.
Ce qu’il se passe dans le cerveau
Le Default Mode Network, c’est l’état cérébral de base quand on se repose.
On peut avoir tendance à penser que quand on ne fait rien, il ne se passe pas grand-chose là-haut.
C’est faux.
Le cerveau est au moins autant actif, mais n’utilise pas les mêmes zones.
Au lieu de l’utiliser consciemment sur une tâche dédiée qui demande ta concentration, il travaille en arrière plan.
Il travaille pour toi.
Et chacun peut le constater sur soi-même et trouver des dizaines d’exemples. Ce n’est pas pour rien qu’on manque d’idées innovantes quand on enchaîne bêtement notre to-do list.
Ce n’est pas pour rien qu’on a les meilleures idées sous la douche, ou quand on ne réfléchit pas consciemment sur le problème.
L’expression “je vais dormir là-dessus” ne vient pas de nul part.
C’est dans ces moments que le cerveau va traiter les problèmes, associer les idées, et être créatif.
Tout ce que tu vois de ton côté, c’est le résultat. L’illumination. Le moment où l’idée finale arrive et tu prends conscience de la solution que le cerveau t’apporte sur un plateau d’argent.
Comment intégrer les pauses dans la routine
Si tu es salarié, tu n'as pas la liberté totale sur ton emploi du temps et ton organisation. Mais tu peux déjà faire beaucoup de choses.
Si tu gères ton propre business, c'est plus facile. Demande-toi comment intégrer ces pauses délibérées pour qu’elles deviennent une partie intégrante de ta routine.
La première chose, c’est le sommeil.
Je passe le conseil “dormir 8h par nuit”, mais encore une fois, ce conseil existe et est répété pour une bonne raison.
C’est la base de tout ce que tu vis : ton état mental durant la journée, la qualité de ta concentration, tes performances, la qualité d’apprentissage,...
Pour être plus précis, il faut d’ailleurs plutôt regarder le nombre de cycles d’1h30 de sommeil plutôt qu’un volume total arbitraire et sans notion de qualité. Une idée développée par Nick Littlehales dans son livre Sleep (existe aussi en français).
Un élément qui peut également être facilement intégrée, c’est la sieste.
Pas les siestes de 3h où tu te réveilles sans pouvoir aligner 2 mots et en déréglant tout ton cycle circadien.
Des siestes stratégiques de 20min à 30min sur des périodes de faible énergie, pour repartir à fond.
Pour moi, le meilleur créneau est forcément le début d’après-midi :
- Baisse d’énergie due à la digestion
- Retour au calme de milieu de journée pour séparer les typologies d’activité
- Repos délibéré pour consolider le travail et les apprentissages du matin
Tu peux aussi intégrer des pauses entre les différents blocs de travail.
Rappelle-toi : la productivité n’est pas proportionnelle au temps de travail. Il faut ralentir pour mieux accélérer.
La durée optimale d’une journée de travail de qualité (pure deep work) à l'air de se rapprocher de 4h à 5h par jour.
A part cette durée quotidienne estimée, il semblerait que la durée max d’un bloc devrait être d’environ 1h30 à 2h.
On peut facilement imaginer une journée de travail construite en 2 blocs de 2h, ou en 3 blocs de 1h30 par exemple.
En faire plus réduira la qualité du travail.
Vouloir en faire plus est contre productif SURTOUT SI les blocs de travail sont vraiment de qualité.
Si ce n’est pas le cas, il suffit de s’observer de manière objective : combien de temps tu passes assis devant ton pc en essayant d’avancer mais que tu n’arrives à rien ?
Reconnaitre ces moments peut déjà changer radicalement ton approche.
On ne se rend pas compte du temps qu'on perd à vouloir aller à contre-courant de son énergie. On se force à rester devant son pc pendant des heures, alors qu'une pause de 20min pourrait nous permettre de repartir à fond derrière.
On perd un temps fou, avec une productivité et une qualité de travail au minimum.
Le meilleur fonctionnement pour moi, c'est 1h30 d’un travail de qualité (deep work), puis 30min de repos actif. Et enchainer 3 blocs.
Un autre concept qui peut être intégré : les “congés sabbatiques”.
Autrement dit, des pauses plus longues à intégrer de manière régulière. Par exemple, prendre 1 mois de pause tous les 6 mois.
Évidemment, certains n’ont pas le choix et ne contrôle pas leurs emplois du temps.
Mais c'est un objectif à viser : ne pas avoir le contrôle crée des barrières énormes et limite les options.
En planifiant ces congés sabbatiques, l’objectif est de réellement faire pause.
Travailler par sprint, ou par projet, puis d’appuyer sur reset.
Ça peut être :
- développer un produit pendant plusieurs mois
- le lancer
- puis déconnecter pour libérer toute la charge mentale associée
Générer de nouvelles idées créatives et repartir le mois suivant.
J’y vois aussi une excellente façon de profiter de la vie et découvrir le monde, en organisant ces congés sous forme de voyage.
Mon dernier point, c’est surement le plus important après le sommeil.
En tout cas, c’est ce que tout le monde peut intégrer facilement dans ses routines.
La marche.
Mais encore une fois, il y a 2 manières de faire les choses.
Je vois venir les remarques “ok ça va moi je marche 1h par jour pour aller et revenir du travail” ou “Je passe ma journée à courir entre les rendez-vous”.
D’un point de vue physique, ça a le mérite de te faire bouger.
Mais on se concentre ici sur la capacité de repos et l’impact sur la productivité et la créativité.
En reprenant les 2 exemples plus haut, tout ce qui en ressort au final c'est :
- du stress parce que tu es en retard
- des pensées négatives en pensant à ce que tu vas devoir gérer en arrivant
- une charge mentale en pensant aux choses à faire
L’autre manière d’aborder la marche, c’est de le voir comme une activité à faire consciemment, sans but précis.
- profiter de son environnement
- laisser vagabonder l’esprit
- lui laisser de la place pour associer les idées
Je l’ai intégré de 2 manières dans ma routine :
- C’est la première chose que je fais le matin.Je pars pour une longue marche (environ 45min) sans idée précise.Je fais juste en sorte d'avoir le sujet de ma newsletter en fond pour laisser mon cerveau générer des idées. Je prends des notes avec les idées qui viennent, et je les organise en revenant avant de m’attaquer à la rédaction.
- Quand je bloque sur un sujet important, ou quand je ressens le besoin de relâcher une charge mentale importante
Notre cerveau est fait pour résoudre des problèmes.
Il veut trouver des moyens de le faire.
Tout ce qu'on a à faire, c'est lui laisser de l'espace, un moment dédié pour le faire.
Une journée idéale ?
On va essayer de résumer tout ça.
La journée idéale devrait intégrer ces composants :
- Session de travail concentrée
- Activité physique
- Pause active
Pour ces objectifs :
- Fournir un travail de qualité et avoir de l’impact
- Etre en bonne santé
- Laisser de la place pour la créativité
Ça donnerait quoi sur une journée ?
- Réveil tôt pour profiter du matin et de notre pic d’énergie sans distraction
- 4h à 5h de travail sous la forme de blocs d’1h30 à 2h, séparés par une pause active
- Longue marche en début d’après midi et/ou sieste
- Activité physique ou artistique
- Reprise d’un bloc de travail sur des tâches moins demandantes
Bonus : Prévoir une semaine de déconnexion complète tous les 2 ou 3 mois.
Ce qui en ressort, à part le fait d’intégrer du repos actif dans sa routine, c’est que le repos est une compétence.
Et il faut le voir comme tel.
On teste, on apprend, et on itère pour trouver ce qui fonctionne le mieux pour nous.
C’est tout pour aujourd’hui., passe un excellent week-end !
L-A