Etre plus créatif en multiprojets (comment utiliser les open loops à son avantage)
Ça t'est déjà arrivé de rentrer chez toi le soir avec l'esprit surchargé de toutes les choses vues dans la journée ? Les 23 mails à répondre, la réunion qui a fini sur une question ouverte, ou la todo qui s'est rallongée pour demain ?
Il y a de bonnes chances que oui.
La bonne nouvelle, c'est que ça peut se soigner. On parle ici de tout ce que tu vas accumuler et qui te coûte une petite charge mentale. Sauf qu'en additionnant tous ces coûts, ça devient impossible de se concentrer et d'être vraiment présent dans ce qu'on fait.
C'est comme travailler constamment avec 45 onglets ouverts. On a un objectif, mais on se perd. On perd de l'énergie, de l'attention et du temps.
Mais est-ce que les 6 onglets ouverts ce matin sont toujours utiles ? Est-ce que les documents préparés pour un rendez-vous passé peuvent être rangés ? Est-ce qu'on ne gagnerait pas en clarté mentale en prenant 2 minutes pour nettoyer l'accumulation qu'on a laissée traîner au fil de la journée ?
Tout ça vient du fait d'ouvrir des boucles ("open loops"), qu'on met beaucoup trop de temps à refermer.
Ces boucles peuvent littéralement tuer la productivité en dispersant notre attention dans tous ces micro-sujets. Ça peut être :
- un projet sans deadline
- des questions sans réponse
- une décision à prendre qu'on laisse traîner
- une tâche qu'on a commencée mais pas terminée
L'enjeu, c'est d'arriver à fermer ces boucles pour supprimer le coût mental associé.
On peut se dire que tout est clair. Que les open loops ne sont jamais une bonne chose et qu'il faut faire attention pour bien les gérer.
Oui… et non.
En fait, ce n'est PRESQUE jamais une bonne idée.
Mais il y a un cas spécifique et une manière de les utiliser à notre avantage.
Qu'est-ce que c'est ?
Le concept d'open loop vient principalement de David Allen avec Getting Things Done.
Ça correspond à toute tâche, idée ou engagement non résolu qui reste dans ton esprit. Autrement dit, c'est n'importe quelle activité que tu démarres sans avoir clairement défini de fin.
L'accumulation de ces boucles va créer :
- du stress
- de la distraction
- un espace mental dédié pour ne pas oublier ces tâches
À la base, on avait l'envie (et même le besoin) de fermer ces boucles pour survivre. Une open loop représente un potentiel danger, une question sans réponse qui pouvait nous être fatale.
C'est un outil très bien exploité en storytelling, ou dans toutes les séries, pour nous tenir en haleine. C'est à cause de ça qu'on enchaîne les épisodes ou qu'on passe notre journée à penser à ce qu'il va pouvoir arriver après une fin d'épisode ayant ouvert une nouvelle situation incertaine.
Ce que j'ai fait juste avant peut aussi être considéré comme une boucle ouverte. Évoquer le fait que les open loops ne sont presque jamais une bonne idée laisse sous-entendre qu'elles peuvent avoir une utilité.
Les 3 moyens de les traiter
La solution ultime, c'est la concentration. Être concentré à 100 % dans ce qu'on fait, sans penser à rien d'autre, pour allouer toute notre charge mentale à la tâche en cours.
Ok, mais comment fait-on ça avec plein d'open loops ?
On a trois solutions.
1. Faire la tâche
Que ce soit un mail sans réponse, une tâche à réaliser, une décision à prendre… peu importe. On fait ce qu'il faut pour terminer ce qui doit être fait et fermer la boucle pour ne plus avoir à y penser.
2. Décider de ne pas la faire
On peut aussi prendre la décision consciente d'abandonner cette tâche ou décision. Parce qu'elle n'est pas importante, ou parce que c'est à quelqu'un d'autre de s'en charger. On la supprime simplement de notre to-do mentale pour se libérer de l'espace.
3. La mettre en maintenance
Ici, on décide de ne pas traiter le sujet maintenant (on verra pourquoi) et de simplement le mettre de côté pour le moment. On accepte de ne pas avoir à le compléter ou même à le traiter immédiatement. On le range simplement après avoir ouvert la boucle sur le sujet.
Le détail ici, c'est de faire en sorte d'avoir un endroit dédié pour noter et stocker les idées associées.
C'est ce troisième cas qui va nous intéresser. C'est ici qu'on peut tourner les open loops à notre avantage pour mieux avancer et être plus créatif.
Mais comment ça marche ?
Effet Zeigarnik
Pour ça, on va utiliser l'effet Zeigarnik, un concept directement corrélé aux open loops.
"Les tâches inachevées continuent de vivre dans notre subconscient, où elles se combinent avec d'autres expériences pour produire des idées innovantes."
Bluma Zeigarnik
Concrètement, c'est la création d'une tension cognitive qui maintient notre cerveau en alerte. Cela facilite l'apparition de nouvelles idées, car le cerveau continue à travailler en arrière-plan pour trouver des solutions à ces boucles ouvertes.
Quand elles sont bien gérées, on peut utiliser l'inconscient à notre avantage pour explorer certaines pistes sans effort cognitif direct.
Avant même de s'en rendre compte, une solution apparaît. Sous la douche, en marchant, ou en pensant à autre chose (favorisé aussi par le passage au Default Mode Network).
Comment réellement les utiliser à notre avantage ?
On peut dire que c'est un outil lié à la productivité pour :
- Identifier ces sujets ouverts
- Faire en sorte de les fermer pour retrouver une pleine concentration
Mais c'est aussi un très bon outil de créativité pour avancer malgré nous, sans coût mental, grâce à la clarté qu'on a apportée en amont.
Et on a une infinité d'exemples.
Exemples personnels (tout le monde a déjà vécu ça), mais aussi historiques :
On retrouve partout des cas où des inventeurs, scientifiques, créatifs ont trouvé des moyens d'utiliser ce principe à leur avantage.
Ils mettaient leurs projets de côté, partaient faire autre chose sans y penser, et déclenchaient des connexions inattendues.
- Einstein expliquait que ses idées les plus créatives venaient souvent lorsqu'il jouait du violon, loin de ses équations
- Nikola Tesla laissait ses projets en suspens pour aller se promener et expliquait que c'était en s'éloignant du problème qu’il avait les bonnes intuitions.
- Pareil pour Darwin
- Salvador Dalí a créé sa propre technique pour aller chercher des solutions dans son inconscient, où il s'endormait avec une cuillère dans la main pour être réveillé et capturer les idées qui apparaissaient dans cet état
C'est aussi et surtout applicable pour les multiprojets. Tous ceux qui ont plein de projets en tête qu'ils veulent concrétiser (et avancer sur tous ces projets en même temps).
Si c'est ton cas, la solution n'est pas de tout gérer en même temps, mais plutôt d'utiliser stratégiquement ce concept pour prioriser et mettre de côté le reste en l'alimentant passivement au fil du temps.
Priorisation et clarté
Ce sont les deux notions indispensables pour transformer les open loops à son avantage.
Sans priorisation en amont, c'est de la pure dilution d'énergie. Tu veux tout faire en même temps, et on revient simplement à la conséquence d'une charge mentale excessive (et une faible qualité de pensée et de travail).
Elles peuvent être de puissants moteurs de créativité à condition qu'elles soient bien encadrées par des systèmes de priorisation.
Ça veut dire quoi ?
- Définir sa priorité et investir son énergie dessus
- Ouvrir les autres projets en les plaçant directement en stand-by
Du coup, tu as une vision claire : l'objectif est d'avancer sur ta priorité (unique).
Mais si ta priorité est de créer un accompagnement autour de la poterie, tu vas aussi rencontrer des éléments applicables ou utiles pour tes deux autres centres d'intérêt, le jardinage et le karaté. Ça peut venir de ta consommation de contenu, de tes marches, du projet poterie où tu crées des processus utiles pour le reste. Peu importe.
L'intérêt d'avoir ouvert ces projets secondaires n'est pas d'y investir de l'énergie (pour le moment). On va juste créer un espace pour capturer et regrouper les idées qui apparaîtront. Et elles seront aussi identifiées beaucoup plus facilement.
La conséquence finale de cette manière de fonctionner, c'est d'avoir de bien meilleures idées, mais aussi d'avancer plus vite.
Une fois l'accompagnement en poterie terminé, on peut reprioriser. Disons que le jardinage devient notre nouvelle priorité : on ne partira jamais d'une page blanche. On n'aura pas de problème de motivation pour lancer le projet ou trouver les premières idées.
On aura déjà accumulé une base existante potentiellement très solide pour avancer dans cette nouvelle priorité. On aura des idées existantes et simplement l'envie de les concrétiser, au lieu de se lancer dans un nouveau domaine en essayant de forcer la créativité.
Pour résumer :
- Définir les projets
- Les prioriser
- Les démarrer
- Mettre en pause tout sauf sa priorité actuelle
- Préparer un espace où stocker les idées par projet
Sur ce, passe un bon week-end !
LA