Comment améliorer son match quality (et trouver ses passions)
J'ai récemment terminé le livre Range de David Epstein. Il parle de spécialisation et des généralistes. Mais surtout d'où se placer pour avoir une bonne vision d'ensemble afin de progresser et innover.
D'après lui, les généralistes ont bien leur mot à dire. Et ils l'auront de plus en plus.
Mais on va repartir en arrière.
À la source de tout ça, on retrouve la curiosité.
En recherchant pour creuser cette newsletter, j'ai eu du mal à trouver des stats précises et bien soutenues sur l'évolution de la curiosité.
Ce que je peux dire, c'est qu'elle a tendance à décroître avec l'âge (comme on peut s'y attendre), et beaucoup de facteurs peuvent entrer en compte.
Notamment les écrans, avec ce graph qui fait assez peur :

Percentage not curious or interested in learning new things - ResearchGate
Mais ici, j'aimerais plutôt creuser son rôle dans l'apprentissage et la découverte de ses passions.
Déjà, on peut identifier 2 types de curiosité bien différents :
- La curiosité par intérêt
Celle qui nous pousse à explorer un sujet, un domaine, juste parce qu’il nous attire.
- La curiosité pour combler un manque
Comme une intrigue policière où l'on veut connaître la fin. Ou une question qui nous obsède jusqu’à obtenir une réponse (un trou présent dans nos connaissances).
Le problème, c’est que le premier type (la curiosité "pure") est souvent écrasé par la peur.
- La peur de poser une question "bête"
- La peur d’essayer quelque chose de nouveau et d’échouer
- La peur d’être perçu comme un amateur, au lieu d’un "expert" qui sait déjà
Résultat ?
On ne veut plus explorer et on se limite à ce qu’on sait déjà. La fameuse zone de confort.
C’est cette curiosité là qui fait la différence, mais ça implique certaines conséquences (pas si terribles…).
C'est celle-là qui transforme une simple idée en une passion.
Une passion en une expertise.
Une expertise en une vision unique.
La curiosité comme moteur de direction
On entend souvent : "suis ta passion".
Ça sonne bien, ça fait inspirant.
Mais c’est un des pires conseils qu’on puisse donner. C'est Cal Newport qui le dit, et il a même écrit tout un bouquin dessus.
Pourquoi ? Parce que l'immense majorité n'a pas de grande passion brûlante qui les guide depuis toujours.
Et c’est normal.
Attendre de "trouver sa passion", c’est comme espérer tomber sur une pancarte clignotante dans le désert avec écrit dessus "C’est par là !".
Sauf que ça n’arrive pas comme ça. En tout cas, pas pour moi…
Ce qui arrive, par contre, c’est la curiosité.
La passion, c’est le panneau dans le désert. Impossible à manquer, mais très rare.
La curiosité, elle, est bien plus accessible.
C’est un petit feu qu’on peut entretenir :
- en suivant nos intérêts
- en testant
- en explorant
"Curiosity is so much easier to access than passion."
Elizabeth Gilbert
Plutôt que d’attendre une révélation soudaine, il faut honorer sa curiosité.
Suivre ce qui nous intrigue.
- Lire ce qui nous attire (même sans but précis)
- Tester de nouvelles activités (juste pour voir)
- Apprendre sans pression (sans chercher à rentabiliser)
Curiosité → Compétence → Passion.
C’est ce que Cal Newport appelle le "Craftsman Mindset" : ce n’est pas la passion qui crée la compétence, mais la compétence qui nourrit la passion.
Plus on progresse, plus on se sent engagé, plus on développe un lien profond avec ce qu’on fait.
Et pour ça, il faut une phase d’exploration.
Ça rejoint aussi ce que dit David Epstein dans Range.
Il explique que les gens qui trouvent vraiment leur voie ne sont pas ceux qui se spécialisent trop tôt, mais ceux qui passent du temps à tester avant de choisir.
Ce qu’il appelle l’échantillonnage : une période où l’on explore sans pression, sans engagement définitif.
Cette exploration permet de préciser le "match quality" : trouver la meilleure correspondance entre ce qu'on fait et qui on est.
Et ensuite, pourquoi pas se spécialiser dans un second temps.
Un investissement nécessaire qui nous mène vers ce qu’on ne peut pas ne pas faire.
Expertise et innovation
La curiosité, c’est aussi un accélérateur d’innovation.
Regarde les plus grandes avancées de l’histoire. Elles viennent rarement d’un spécialiste ultra-pointu qui creuse un seul sujet pendant 40 ans. Elles viennent souvent d’un esprit curieux qui a su faire des liens entre des domaines que personne n’aurait pensé à connecter.
On peut prendre les exemples qu'on voit partout : Steve Jobs, De Vinci…
Mais plus globalement, il y a de nombreuses études sur le sujet qui pointent dans la même direction :
Les idées révolutionnaires ne naissent pas d’un savoir bien cloisonné. Elles émergent plus souvent des connexions qu’on crée entre des sujets qui, à première vue, n’ont rien à voir.
Dans certains cas, l'expertise est un piège.
Être expert, c’est bien. Mais il y a un risque : la "tunnel vision".
Plus on devient pointu dans un domaine, plus on a tendance à voir le monde à travers ce prisme unique. On applique toujours les mêmes schémas, les mêmes réflexes, sans jamais remettre en question notre approche.
Je prends souvent l'exemple des jeux vidéo. Ça m'arrivait souvent d'être bloqué sur un jeu, à chercher une solution pendant des heures.
Et quelqu'un passe, qui n'a jamais joué, en me lançant : "T'as testé ça ?".
"Ça", étant un truc auquel je n'avais pas du tout pensé, parce que je suis resté dans mon référentiel pendant tout ce temps.
Il a suffi d'une nouvelle perspective, complètement hors du domaine, pour apporter un nouvel angle innovant.
C’est d’autant plus vrai aujourd’hui.
On arrive à un point où savoir poser des questions est plus important que savoir répondre.
Avant, la valeur venait de celui qui avait les bonnes réponses. Aujourd’hui, avec l’IA et l’accès instantané à l’information, le "garbage in, garbage out" est de plus en plus vrai.
La qualité de réponse d'une IA dépend du prompteur.
Et comprendre le contexte et avoir une vue d’ensemble, c’est ce qui permet de formuler ces questions.
Autrement dit, la curiosité devient une compétence clé.
Ne pas juste stocker du savoir, mais apprendre :
- comment chercher
- comment connecter
- comment remettre en question
Les experts appliquent ce qu’ils savent.
Les curieux découvrent ce que personne n’a encore vu.
Explorer et apprendre pour le plaisir d’apprendre
Il y a une différence subtile entre être intéressé et être curieux.
Être intéressé, c’est vouloir en savoir plus sur un sujet qui nous attire.
Il y a souvent une intention cachée derrière : apprendre pour obtenir quelque chose. Une compétence pour booster sa carrière, une information pour briller dans une conversation ou une méthode pour atteindre un objectif précis.
(et ça n'a rien de mal !)
La curiosité, elle, ne cache rien.
C’est une errance sans destination, juste pour le plaisir de voir où ça mène.
On est libre d’explorer.
On se laisse guider par l’intrigue, par ce petit feu intérieur qui nous pousse à creuser.
Et paradoxalement, c’est souvent dans ces moments-là qu’on apprend le plus.
Parce qu’il n’y a pas de pression. Pas de stress d’atteindre un objectif.
Juste l’envie de comprendre.
La curiosité permet de rester détaché du résultat, ce qui la rend infiniment plus puissante.
"When you follow your curiosity, you're motivated by the intrinsic desire to learn and improve. Because you're not seeking any external result, it's easy to stay detached from the outcome."
Unmistakable Creative
Quand on explore juste pour le plaisir, on finit souvent par découvrir certaines choses qu’on n’aurait jamais cherchées consciemment :
- Des ponts entre des idées
- Des passions cachées
- Des talents qu’on ne se soupçonnait pas
C’est ce genre d’errance qui permet d’inventer, d’innover et de créer des choses nouvelles.
S'aligner par la curiosité
La curiosité fait partie intégrante d'un processus, et ce n'est que la première étape :
- Curiosité → L’envie d’explorer, sans attente particulière
- Intérêt → Ce qui capte notre attention et développe une motivation intrinsèque
- Compétence → L'apprentissage qui transforme un intérêt en réelle capacité pratique
- Passion → L’engagement répété qui fait émerger une connexion profonde avec ce qu’on fait
- Life’s Craft → Le jeu infini pour affiner ses connaissances, compétences et la maîtrise de son art, sans fin
Ici, la curiosité n'est pas une distraction, mais la clé pour affiner sa direction.
Sur ce, bon week-end !
LA